Journée d’un coup d’Etat avorté

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Caractères typographiques aux couleurs du drapeau du Burundi.
Crédit : syafrani_jambe, Pixabay

 

Intrigué au fond de mon lit, je me suis levé pour regarder par la fenêtre. Je pouvais voir par-dessus la clôture de notre maison. Une foule chantait, dansait et battait du tam-tam. En fait, tout ce bruit qui m’empêchait de dormir, tout ce bruit que j’entendais approcher de loin depuis des minutes, c’étaient leur oeuvre. Et ils étaient maintenant dans la ruelle en face. Il me vint à l’esprit l’idée d’aller voir de plus près. Peut-être allais-je comprendre plus sur ce qui se passait.

Une foule en liesse

Aussitôt dans la ruelle, je constata qu’il s’agissait  des mêmes manifestants qui descendaient dans les rues depuis des semaines. Ils réclamaient le départ du président en poste depuis dix ans et en passe de briguer un troisième mandat. Et là ils avaient appris par la radio que ce dernier venait d’être déposé par un groupe de militaires. Il n’y avait plus l’ombre d’un seul policier pour leur tirer dessus comme cela se faisait d’habitude. Les policiers se terraient dans leurs casernes. Aucun jeune du parti au pouvoir n’osait plus sortir de chez lui non plus. D’habitude, ils secondaient la police dans la traque des manifestants.

Il y avait dans les rues de mon quartier des enfants, des adultes, des femmes, des jeunes de tous les coins. Il y en avait qui étaient venus des montagnes qui surplombent la capitale, et d’autres qui étaient venus des communes voisines. La foule formait une marée humaine dont même Dieu n’aurait pu estimer l’effectif. Ils chantaient l’espoir, la stabilité sociale et le développement qui s’annonçaient. Ils voyaient le changement arriver, foncer sur le pays à la vitesse d’un bolide. Quand un véhicule militaire passait, la foule s’enflammait. Elle remerciait ces hommes en tenue. depuis le début de la crise, ils avaient joué les gendarmes entre les manifestants et les policiers. Ce climat de liesse s’observait dans la plupart des quartiers hostiles au régime en place, pendant la journée du 13 mai 2015.

Une fin qui déchante

C’est en fin de journée que tout espoir fut brisé. En fait, il y eut des militaires qui restèrent fidèles au président. Ils ont fini par vaincre ceux qui étaient pris pour des héros, et qui sont vite devenus des mutins. Les circonstances des combats sont restées un secret connu de Dieu et des hommes qui s’affrontaient. Vingt-quatre heures après l’échec du coup d’État, on nous annonçait le retour du président. Il était parti en voyage officiel dans un pays voisin peu avant l’annonce du coup d’Etat. Ce fut la dernière fois que le monde entendait parler des manifestations contre le troisième mandat du président. D’ailleurs, ce dernier n’a plus quitté le territoire national pendant pas moins de deux ans.

Leçon morale : il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Cet adage est appris dans toutes les écoles du pays, mais jamais un exemple aussi pratique n’avait était donné.

 

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